Soutenir son ou sa partenaire dans le rétablissement d’un trouble alimentaire : les gestes qui aident… et ceux à éviter

Découvrez comment soutenir un proche dans son rétablissement d’un trouble alimentaire tout en favorisant la confiance, la connexion et la guérison.

Voir une personne que l’on aime vivre avec un trouble alimentaire peut être profondément bouleversant. Il est normal de se sentir inquiet, impuissant ou de ne pas savoir quoi dire ni quoi faire. Vous craignez peut-être de dire la mauvaise chose, d’aggraver la situation ou de ne pas en faire assez. Pourtant, ce que vous souhaitez avant tout, c’est que votre partenaire se sente soutenu, compris et moins seul.

L’une des questions que nous posent souvent les partenaires est :

« Comment puis-je l’aider sans devenir la police de l’alimentation? »

La réponse ne réside pas dans le fait de toujours trouver les mots parfaits ou de savoir exactement quoi faire. Le rétablissement ne repose pas sur la perfection ; il se construit plutôt grâce à la constance, la bienveillance, la patience et la confiance.

En tant que professionnels spécialisés dans le traitement des troubles alimentaires, nous constatons chaque jour à quel point les relations de soutien peuvent jouer un rôle précieux dans le rétablissement. Bien qu’un partenaire ne puisse pas « guérir » un trouble alimentaire, il peut contribuer à créer un environnement où le rétablissement semble plus sécuritaire et plus accessible.

Voici ce que nous encourageons… et ce que nous recommandons d’éviter.

Avant tout : comprendre qu’un trouble alimentaire ne se résume pas à la nourriture

L’une des idées reçues les plus répandues est que les troubles alimentaires ne concernent que l’alimentation.

Même si les comportements alimentaires sont souvent les symptômes les plus visibles, les troubles alimentaires apparaissent souvent comme un moyen de faire face à des émotions accablantes, à l’incertitude, au perfectionnisme, à un traumatisme, à l’anxiété, à des questions d’identité ou à un besoin de contrôle. Les règles alimentaires, l’exercice compulsif, la vérification constante du corps, les épisodes d’hyperphagie ou les restrictions alimentaires remplissent souvent une fonction, même lorsqu’ils entraînent de la souffrance.

C’est pourquoi le rétablissement ne consiste pas simplement à manger davantage, à manger autrement ou à cesser certains comportements.

Le rétablissement consiste à apprendre des stratégies d’adaptation totalement nouvelles.

Garder cela à l’esprit peut aider les proches à réagir avec curiosité plutôt qu’avec frustration.

Ce qui peut aider

1. Écoutez davantage que vous ne donnez des solutions

Lorsqu’un être cher traverse une période difficile, il est naturel de vouloir intervenir pour résoudre le problème.

Pourtant, de nombreuses personnes souffrant d’un trouble alimentaire ne cherchent pas quelqu’un pour régler la situation sur-le-champ. Elles recherchent souvent quelqu’un capable de les accompagner tout au long de cette épreuve.

Au lieu de proposer immédiatement des solutions, vous pourriez dire :

  • « Merci de m’en avoir parlé. »
  • « Ça semble vraiment difficile. »
  • « Je suis là avec toi. »
  • « Tu n’as pas à traverser ça seul(e). »

Se sentir compris fait souvent beaucoup plus de bien que d’entendre le conseil parfait.

2. Faites la distinction entre votre partenaire et le trouble alimentaire

Les troubles alimentaires peuvent influencer les pensées, les émotions et les comportements de façon parfois déroutante, voire blessante.

Votre partenaire pourrait :

  • s’isoler davantage;
  • éviter les repas;
  • annuler des sorties;
  • ressentir beaucoup d’anxiété autour de la nourriture;
  • sembler irritable ou émotionnellement distant.

Plutôt que de voir ces comportements comme des défauts de personnalité, il peut être utile de se rappeler que le trouble alimentaire est souvent à l’origine de plusieurs de ces réactions.

Cela ne signifie pas qu’il faut accepter des comportements nuisibles ou renoncer à vos propres limites. Il s’agit plutôt de répondre avec compassion tout en protégeant votre propre bien-être.

3. Informez-vous sur les troubles alimentaires

Plusieurs partenaires se sentent rapidement plus en confiance lorsqu’ils comprennent mieux ce qu’implique réellement le rétablissement.

Par exemple, apprendre :

  • pourquoi la restriction alimentaire modifie le fonctionnement du cerveau;
  • pourquoi les épisodes d’hyperphagie ne sont pas un manque de volonté;
  • pourquoi le rétablissement n’est pas linéaire;
  • pourquoi l’image corporelle fluctue souvent;
  • pourquoi manger davantage peut temporairement augmenter l’anxiété;

peut rendre les moments difficiles beaucoup moins déstabilisants.

Les connaissances permettent souvent de remplacer la peur par la compréhension.

4. Soutenez le rétablissement… pas les règles du trouble alimentaire

Sans le vouloir, plusieurs partenaires se retrouvent coincés entre leur désir d’encourager le rétablissement et certains comportements qui renforcent involontairement le trouble alimentaire.

Au lieu de surveiller les calories, commenter les portions ou demander si une personne « devrait vraiment manger cela », essayez plutôt de garder une vision d’ensemble.

Le soutien peut prendre différentes formes :

  • partager les repas ensemble;
  • offrir de cuisiner;
  • demander comment vous pouvez aider avant un repas;
  • rester avec votre partenaire après avoir mangé si ce moment est particulièrement difficile;
  • célébrer les gestes de courage plutôt que le contenu de l’assiette.

Le rétablissement ne se mesure pas à un seul repas.

Il se construit à travers des centaines de petits choix qui favorisent la guérison.

5. Soulignez les victoires qui n’ont rien à voir avec la nourriture

Le rétablissement va bien au-delà de l’alimentation.

Prenez le temps de remarquer lorsque votre partenaire :

  • rit plus facilement;
  • reprend contact avec ses proches;
  • s’accorde du repos lorsqu’il ou elle est fatigué(e);
  • remet en question une règle alimentaire;
  • parle de lui ou d’elle-même avec davantage de douceur;
  • demande de l’aide;
  • participe régulièrement à ses rendez-vous thérapeutiques;
  • fait preuve de plus de flexibilité.

Ces moments représentent souvent d’immenses progrès.

6. Respectez son équipe de soins

Les partenaires souhaitent souvent devenir des experts des troubles alimentaires du jour au lendemain.

Même si votre soutien est extrêmement précieux, vous n’êtes pas appelé à remplacer le ou la psychologue, le ou la nutritionniste, le médecin ou les autres professionnels qui accompagnent votre partenaire.

Votre rôle est différent.

Vous êtes la personne auprès de qui votre partenaire peut se sentir en sécurité lorsqu’il ou elle rentre à la maison.

Plutôt que d’essayer d’analyser chacun de ses comportements, vous pourriez simplement demander :

« Qu’est-ce qui te ferait du bien de ma part aujourd’hui? »

La réponse pourrait vous surprendre.

7. Offrez des choix plutôt que de mettre de la pression

Le rétablissement demande déjà énormément de courage et oblige souvent une personne à tolérer un grand inconfort.

La pression augmente généralement la culpabilité bien plus qu’elle ne favorise la motivation.

Au lieu de dire :

« Tu dois manger. »

Vous pourriez plutôt essayer :

  • « Est-ce que ce serait plus facile si on mangeait ensemble? »
  • « Est-ce que tu aimerais que je reste avec toi? »
  • « Est-ce que ça t’aiderait qu’on choisisse ensemble? »

Offrir des choix permet de redonner un sentiment d’autonomie, une dimension importante que plusieurs personnes sont justement en train de reconstruire durant leur rétablissement.

Ce qu’il vaut mieux éviter

1. Évitez de commenter son apparence

Même les commentaires formulés comme des compliments peuvent, sans le vouloir, renforcer le trouble alimentaire.

Évitez des remarques comme :

  • « Tu as l’air en meilleure santé. »
  • « Tu as l’air différent. »
  • « Tu as l’air tellement mieux. »

Privilégiez plutôt des commentaires qui n’ont rien à voir avec l’apparence.

Par exemple :

  • « Tu sembles davantage présent(e) aujourd’hui. »
  • « J’aime vraiment passer du temps avec toi. »
  • « Tu as fait preuve de beaucoup de courage dans cette situation. »

Chaque personne mérite de se sentir appréciée pour bien plus que son apparence.

2. Ne devenez pas la police de l’alimentation

Les rappels constants, la surveillance des repas, le contrôle des portions ou la remise en question des choix alimentaires peuvent créer des tensions dans votre relation.

Bien sûr, la responsabilisation peut faire partie du processus de rétablissement lorsqu’elle est convenue avec l’équipe de soins. Toutefois, jouer un rôle de surveillance transforme souvent la relation en une dynamique parent-enfant plutôt qu’en un partenariat basé sur le respect et l’égalité.

Dans la mesure du possible, privilégiez la collaboration plutôt que le contrôle.

3. Ne minimisez pas son expérience

Des commentaires comme :

  • « Mange, c’est tout. »
  • « Tout le monde se fait du souci à propos de la nourriture. »
  • « On ne dirait pas que tu souffres d’un trouble alimentaire. »
  • « Tu te prends trop la tête avec ça. »

peuvent, malgré de bonnes intentions, augmenter le sentiment de honte.

Même si vous souhaitez rassurer votre partenaire, ces phrases peuvent lui donner l’impression de ne pas être compris(e).

Essayez plutôt de reconnaître ce qu’il ou elle vit.

Vous n’avez pas besoin de comprendre parfaitement son expérience pour reconnaître qu’elle est difficile.

4. Évitez les discussions sur les régimes alimentaires

Même des conversations qui semblent anodines sur les régimes, le fait de « mériter » un aliment, de brûler des calories, les objectifs de perte de poids ou les aliments « bons » et « mauvais » peuvent être très difficiles à entendre pour une personne en rétablissement.

Lorsque c’est possible, contribuez à créer un environnement où l’on parle de nourriture avec souplesse, curiosité et sans jugement.

Cela bénéficie à tout le monde, pas seulement à la personne en rétablissement.

 

5. Ne prenez pas les symptômes personnellement

Les troubles alimentaires peuvent amener une personne à annuler des sorties, à se replier sur elle-même ou à sembler plus distante émotionnellement.

Cela ne reflète pas nécessairement ce qu’elle ressent envers vous.

Même s’il demeure important de communiquer ouvertement sur les répercussions que cela peut avoir sur votre relation, reconnaître le rôle du trouble alimentaire permet souvent d’éviter des conflits inutiles.

6. Ne transformez pas le rétablissement en examen à réussir

Le rétablissement ne consiste pas à tout faire parfaitement.

Il y aura des journées plus difficiles.

Il pourra y avoir des reculs.

Certaines anciennes habitudes pourraient réapparaître temporairement.

Cela ne signifie pas que le rétablissement est en train d’échouer.

La guérison suit rarement un parcours linéaire.

Soutenir une personne, c’est lui laisser l’espace d’apprendre et de progresser, sans attendre la perfection.

Si votre partenaire est un(e) athlète

Les athlètes qui se rétablissent d’un trouble alimentaire font souvent face à des défis particuliers.

Le milieu sportif peut continuer à transmettre des messages centrés sur la performance, la composition corporelle, le volume d’entraînement ou l’alimentation, ce qui peut rendre le rétablissement plus complexe.

En tant que partenaire, vous pouvez contribuer au rétablissement en :

  • évitant les commentaires sur les performances sportives qui mettent l’accent sur la taille ou le poids du corps;
  • encourageant un apport suffisant en énergie avant, pendant et après les entraînements;
  • rappelant que le repos fait partie intégrante de la performance;
  • reconnaissant qu’une pause sportive, une modification de l’entraînement ou un changement d’objectifs peut parfois être nécessaire;
  • célébrant la force, la résilience, le plaisir de pratiquer son sport et la santé, plutôt que les résultats ou les performances.

Le rétablissement et l’identité d’athlète peuvent tout à fait coexister. Toutefois, le rétablissement doit toujours demeurer la priorité.

Lorsqu’un corps reçoit suffisamment d’énergie et de récupération de façon constante, les athlètes sont généralement mieux outillés pour s’entraîner, s’adapter aux exigences de leur sport et performer à long terme.

En Conclusion

Soutenir une personne que l’on aime dans son rétablissement d’un trouble alimentaire peut parfois sembler accablant. Il y aura sans doute des moments où vous vous demanderez si vous en faites assez, si vous dites les bonnes choses ou si votre présence fait réellement une différence.

En réalité, le chemin vers le rétablissement dépend rarement d’une seule conversation parfaite ou d’un repas parfaitement géré. Le plus souvent, il repose sur la constance discrète d’une personne qui continue à être présente avec compassion, curiosité et patience, même lors des jours difficiles.

Votre rôle n’est pas d’éliminer les difficultés de votre partenaire ni de porter le poids de son rétablissement à sa place. Votre rôle est plutôt de lui rappeler, par vos paroles et vos gestes, qu’il ou elle mérite d’être soutenu(e), respecté(e) et aimé(e), peu importe où il ou elle se trouve dans son parcours de rétablissement.

Il y aura sans doute des obstacles, des moments d’incertitude et des moments où les progrès sembleront invisibles. Cela ne veut pas dire que le rétablissement n’avance pas. La guérison est rarement linéaire, et chaque geste posé — choisir de nourrir son corps, demander de l’aide, établir une limite ou remettre en question une pensée liée au trouble alimentaire — contribue à bâtir un avenir différent.

Si vous accompagnez une personne qui vous est chère, rappelez-vous également de vous accorder la même compassion que celle que vous lui offrez. Prendre soin de votre propre bien-être ne signifie pas vous éloigner de son rétablissement. Au contraire, cela vous permet de demeurer une présence stable et soutenante à long terme.

Personne ne devrait avoir à faire face à un trouble alimentaire seul. Avec le soutien de ses proches et d’une équipe multidisciplinaire bienveillante, le rétablissement est possible. Et même si vous ne pouvez pas parcourir ce chemin à la place de votre partenaire, le fait de marcher à ses côtés peut faire toute la différence.

Si vous ou un proche souhaitez obtenir du soutien, notre équipe spécialisée est là pour vous accompagner. Vous pouvez communiquer avec nous au 514 437-4260 ou par courriel à info@sooma.ca. Vous pouvez également prendre rendez-vous directement en ligne en cliquant ici.

Écrit Par

Image de Annyck Besso

Annyck Besso

Diététiste professionnelle et directrice de Sööma

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